Le genre littéraire et ses frontières à la Renaissance (v. 1500-1630) – Appel

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Journée d’étude  jeunes chercheurs XVIe siècle, 1er juin 2024

Maison de la Recherche, 10h-16h

La Renaissance, qui implique un retour aux canons de l’Antiquité gréco-latine, redonne à la notion de genre une importance capitale dans la façon dont se structure l’espace littéraire. De nombreux travaux ont déjà développé cette approche générique, du point de vue théorique autant que pratique. Au cours de cette journée, on voudrait suivre en particulier deux pistes de recherche.

Un premier axe de recherche pourrait concerner la définition même de genre littéraire. Ce dernier sort-il armé et casqué de la botte de Jupiter, de telle sorte qu’on puisse toujours le repérer grâce à des critères bien précis, qu’un texte – quelle que soit son époque – saura vérifier ? Cette conception, sous-estimant la dimension historique de l’œuvre littéraire, peut paraître bien discutable. Il n’en demeure pas moins qu’elle invite à préciser, par exemple, le dialogue des genres entre l’Antiquité et la Renaissance. L’ode de Ronsard est-elle tout à fait la même que celle de Pindare ? Comment, de Pétrarque à Desportes, en passant par tous les imitateurs italiens et français, illustres ou inconnus, le genre du canzoniere est-il réinterprété ? La poésie n’est évidemment pas le seul domaine concerné. À la Renaissance, la réflexion sur les genres littéraires apparaît en étroit dialogue avec l’Art poétique d’Horace ou, à partir de la seconde moitié du XVIe siècle, avec la Poétique d’Aristote. Dans quelle mesure et sur quels points l’influence de ces derniers est-elle infléchie par leurs commentateurs ? Est-elle d’ailleurs la même selon le genre considéré ? Le cas du théâtre, entre texte et performance, apparaît pertinent à cet égard, partagé qu’il est entre plusieurs genres (comédie, tragédie, pastorale…). Somme toute, le genre littéraire n’est-il pas affaire de réception plutôt que de définition, de lecture autant que d’écriture ?

Le second volet de notre réflexion pourrait tourner autour des limites mêmes de cette notion de genre littéraire, qui, par plusieurs aspects, peut paraître bien trompeuse. En effet, plus on entre dans

le détail, moins, parfois, l’étiquette générique semble pertinente, la réalité des textes se révélant plus fuyante que prévu. Entre littérature et philosophie, autoportrait et réflexion critique, les Essais de

Montaigne, oeuvre en mouvement perpétuel, semblent échapper à toute définition définitive.

Faudrait-il alors plutôt parler de pratiques génériques ? Quoi qu’il en soit, il faut bien constater que certaines écritures questionnent, parfois à dessein, des frontières génériques apparemment

fermement établies. Ainsi, le roman du début du XVIIe siècle, « en prose » donc, intègre volontiers des poèmes, faisant de cette hybridité l’une de ses caractéristiques. D’autres exploitent à dessein les

ambiguïtés d’un terme, celui de satire par exemple, qui devient prétexte à une écriture satyrique, autrement plus licencieuse. De plus, comment peut-on articuler la définition d’un genre et la variété des formes et des contextes de production, par exemple dans ces poèmes de circonstance que sont généthliaques ou épithalames ? Par ailleurs, des textes « écrits » peuvent parfois emprunter à des techniques rhétoriques propres à un discours oral : la poésie morale et l’homélitique se rejoignent parfois, tout comme la tragédie et l’écriture sentencieuse. Bref, entre discours, prose et poésie, les frontières sont parfois poreuses et, d’un genre à l’autre, les points de passage semblent multiples, si bien qu’il arrive même aux auteurs de mêler des éléments qui, d’après leurs propres affirmations, ne devraient pas aller de pair.

En définitive, les perspectives qu’ouvre ce sujet sont volontairement très larges : lien entre théorie et pratique, oral et écrit, modèle et imitateur, Antiquité et Renaissance… Elles nécessitent en tout cas le concours de chacun, vu la diversité d’approches possibles (littéraire et stylistique, théorique et historique), que redouble encore l’étendue des domaines linguistiques offerts à l’analyse (français, latin, grec, italien, « dialecte »). Comme on le voit, cette journée d’étude, par le sujet proposé, extrêmement riche, et la période considérée, particulièrement vaste, permettra d’embrasser au mieux les recherches de tous les seiziémistes de Sorbonne Université.

 

Pour participer à cette journée, il vous suffira de nous contacter avant le 30 mars 2024, en décrivant brièvement le sujet de votre communication, aux adresses suivantes : vincent.adams- aumeregie@orange.fr ; barreau.william@gmail.com.

 

Bibliographie indicative

BURON, Emmanuel, « Éthique et poétique de la publication. Dans l’avis au lecteur des Odes (1550) », dans Lecture des Odes de Ronsard, dir. Julien Goeury, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2001, p. 37-48.

DEMERSON, Guy (dir.), La Notion de genre littéraire à la Renaissance, Genève, Slatkine, 1984. LEROUX, Virginie et Émilie Séris (dir.), Théories poétiques néo-latines, Genève, Droz, 2018, ch. IV, « Les genres poétiques », p. 527-784.

LOMBART, Nicolas, « Du ‘‘mot’’ d’hymne au ‘‘nom’’ d’hinne : approche nominaliste d’un genre ronsardien », dans Le Lexique métalittéraire français (XVIe-XVIIe siècles), dir. Michel Jourde et Jean-Charles Monferran, Genève, Droz, 2006, p. 147-163.

SCHAEFFER, Jean-Marie, Qu’est-ce qu’un genre littéraire ?, Paris, Seuil, 1989.

Maison de la Recherche
Salle à définir, 10h-16h

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